21/08/2012
Tunisie

Accès à l'eau potable en zone rurale : une revendication à prendre en compte

Opinions – Pour la dernière session de son émission
Bissyassa, la chaîne Nessma TV a organisé un débat très intéressant qui
portait sur l'agriculture. Évidemment, la question de l'eau, centrale
pour l'agriculture, y a été programmée et Monsieur Ameur Horchani, qui a
dirigé le secrétariat d'État à l'Hydraulique du ministère de
l'Agriculture pendant des décennies, était l'un des invités de
l'émission. Maintenant à la retraite, il a été présenté simplement comme
un expert de l'eau. Ameur Horchani a été l'un des concepteurs et un acteur principal de la
politique de l'eau depuis le début des années 1980. Au cours de
l'émission, il a défendu l'agriculture irriguée, au développement de
laquelle son département a fortement contribué 80 % sont alloués au
secteur, qui représente 20 % de la production agricole du pays).
L’expert a rappelé que les systèmes d'approvisionnement des périmètres
irrigués publics sont mis en place à la charge de l'administration et
que les irrigants doivent seulement assurer les coûts liés à la
consommation en eau et à l'entretien des équipements.

Un autre point de  vue a été présenté par Monsieur Amor Behi,
représentant de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche –
UTAP. Profitant de voir le débat bifurquer sur la question de l'eau
potable, Amor Behi a rebondi sur une question cruciale : Pourquoi les
communautés rurales locales du Nord-Ouest n'ont pas accès à l'eau
potable ? Et de citer l’exemple de ce riverain du barrage Sidi El
Barrak, un grand barrage situé sur le littoral de Nefza, qui regarde ces
millions de mètres cubes d'eau stockés mais qui n'a pas accès à l'eau
potable ! La Tunisie un taux d’accès à l’eau potable de  93 %, mais qui
au regard des innombrables manifestations de colère des citoyens dans
des agglomérations rurales laisse perplexe. Comme l'a souligné le
représentant de l'UTAP, les coûts d'accès à l'eau potable des
populations vivant en habitat dispersé, même s'ils peuvent sembler
excessifs ne peuvent justifier l'absence d'accès équitable à l'eau. Il
ne s'agit pas uniquement de technique et de moyens financiers mais
également de mesures tarifaires, incitatives et organisationnelles
adéquates qui permettraient d'assurer l'accès à l'eau potable et
d'enterrer la corvée d'eau pour les femmes, les vieillards et les
enfants. Lorsque la gestion se fait de façon autonome par les
populations locales à travers des associations dites groupements de
développement agricoles en utilisant un pompage dans une nappe par
exemple, la garantie de la fourniture d'eau est tributaire du paiement
de la facture d'électricité à la STEG. Si une association n'arrive pas à
collecter le montant total de la facture auprès des populations
desservies, l'électricité peut être coupée et le service d'eau
interrompu. Par ailleurs, les populations rurales dénoncent les prix
excessifs pratiqués : à partir de 500 millimes par mètre cube, voire 740
millimes, alors que la SONEDE applique un tarif de 145 millimes le
mètre cube en zone urbaine pour les vingt premiers mètres cubes
trimestriels). Aussi la principale revendication de ces usagers est de
devenir abonnés de la SONEDE, réputée pour sa qualité de service.

Z.B., La Presse (Tunis) – AllAfrica 01-08-2012